Que ressent-on en montant sur scène en musique quand on vient du théâtre ?

Pour moi, la sensation d’être enfin à ma place. Le 5 décembre 2018, au Vauban à Brest, je donnais le premier concert d’In The Garden With Maria. Le théâtre m’avait tout appris de la scène. La musique m’a fait voler. 🎤

Le concert du 5 décembre 2018

Le 5 décembre 2018, au Cabaret Vauban à Brest, j'ai créé sur scène mon projet musical, In The Garden With Maria. La presse locale l'avait annoncé, et Ouest-France l'a cité en fin d'année parmi les moments culturels brestois de 2018.

Le Vauban, ce n’est pas n’importe quelle salle pour moi. J’y avais joué Madame Marguerite, mon spectacle d’humour Sauvons la planète, des plateaux d’humoristes. Mais cette fois, je n’arrivais pas avec un personnage. J’arrivais avec mes chansons.

Pendant longtemps, je me suis interdit la musique. Je ne chante pas comme tout le monde, je ne suis pas une chanteuse « à voix ». J’ai une personnalité dans ma voix, et ça, il m’a fallu du temps pour l’accepter.

De l’osmose à la fusion

Au théâtre, surtout en one-woman show et en stand-up, il y a déjà une osmose avec le public : le rire. Mais ce soir-là, en musique, ce n'était plus de l'osmose. C'était de la fusion.

Quand tu fais rire, le public te répond, mais au fond, il reçoit. En concert, il danse avec toi, il chante avec toi, il t’encourage, il crie ton nom après chaque chanson. Il communique vraiment.

Les deux sont kiffants, hein. Mais ce soir-là, je me suis sentie comme un poisson dans l’eau. Vraiment à ma place, avec mes forces et mes faiblesses.

Ce que le théâtre m’a donné

Le théâtre et la danse m'ont donné l'expérience de la scène : gérer l'espace, les déplacements, savoir où être et quand. Et surtout, une manière de construire un concert comme on construit un spectacle.

  1. L’espace. On apprend à occuper un plateau, à trouver ses angles, à savoir se placer au bon moment. J’ai une bonne mémoire visuelle et une bonne mémoire de l’espace, et ça sert énormément.
  2. Le squelette. Je prépare le squelette du concert. Je sais à quel moment je dois être à cour, à jardin, au centre, en avant-scène ou en arrière-scène. C’est ce qui garde le côté professionnel. Peu importe ce qui se passe, tu restes sur la ligne d’horizon du professionnalisme, tu ne pars pas en vrille.
  3. L’histoire. Je viens du théâtre, alors pour moi un concert doit avoir une cohérence. Du premier au dernier morceau, je raconte quelque chose.
  4. Les trois casquettes. La danse, la comédie et la mise en scène, plus l’écriture de mes one-woman shows. Au bout du compte, tout ça sert la même chose : raconter une histoire.

Et puis on n’est pas seule sur scène. Il y a les musiciens, et tout le monde porte le concert ensemble.

Ce qu’il a fallu gommer

Au théâtre, on pousse tout : la voix, le geste, l'expression. Le spectateur du dernier rang doit avoir le même confort que celui du premier. En concert, il a fallu gommer ça.

Dans une salle de théâtre, sans micro, tu dois faire en sorte que celui qui est à la trois-centième place entende, voie et comprenne le personnage autant que celui qui est devant. Alors tu grossis un peu le trait.

Avec un micro, plus besoin. Le micro te permet la nuance, le murmure, l’intime. Si tu gardes tes réflexes de théâtre, tu en fais trop. J’ai dû apprendre à en faire moins, pour que le public ressente plus.

Le squelette à l’épreuve

Ce soir-là, presque tout ce qui pouvait déraper a dérapé. Et c'est justement là que le squelette m'a sauvée.

On avait passé l’aspirateur, mais il restait des éclats de verre. Je commençais le premier morceau pieds nus. Grosse coupure au pied. Ça saignait beaucoup, et impossible de remettre des chaussures, alors que je changeais plusieurs fois de tenue pendant le concert. J’avais mal en dansant, mais une fois que le show must go on, tu ne sens plus vraiment.

Il y avait aussi Think About, le morceau le plus dur, construit d’une manière très spéciale. Tout le monde avait peur qu’il parte en vrille. C’est finalement celui qui est le mieux passé.

Et sur You’ve Got the Face, le pad n’a pas voulu se lancer. Gros souci technique. Alors j’ai parlé avec le public, et le public a été super indulgent. Tout s’est bien passé.

Ce que j’en retiens

Le dépassement de soi. Se dire : je l'ai fait, j'ai kiffé et j'ai volé.

Après le concert, il y a eu énormément de monde dans les loges. Des jeunes qui ne me connaissaient pas du tout se sont mis à pleurer devant moi, tellement je les avais touchés. Et leur émotion, je l’ai ressentie à mon tour. C’est ça aussi, la fusion.

C’est le moment le plus marquant de ma vie musicale. Je ne pensais jamais pouvoir monter sur scène en musique. Ce soir-là, je me suis dit que je ne lâcherais plus jamais le chant. 🌿

Questions fréquentes

Quand a eu lieu le premier concert d'In The Garden With Maria ?

Le premier concert d'In The Garden With Maria a eu lieu le 5 décembre 2018 au Cabaret Vauban, à Brest. C'était la création sur scène du projet musical de Maria Paillard, annoncée par Le Télégramme et Ouest-France.

Qu'est-ce qui change quand on passe du théâtre à la scène musicale ?

Selon Maria Paillard, le lien avec le public change. Au théâtre, le public reçoit et répond par le rire. En concert, il danse, chante et crie le nom de l'artiste. Il faut aussi gommer la projection théâtrale, car le micro permet la nuance.

En quoi l'expérience du théâtre aide-t-elle en concert ?

Pour Maria Paillard, le théâtre apprend à gérer l'espace et les déplacements, à préparer un « squelette » qui tient même quand tout dérape, et à raconter une histoire cohérente du premier au dernier morceau.

Faut-il jouer moins fort en concert qu'au théâtre ?

Souvent, oui. Au théâtre, sans micro, on pousse la voix et le jeu pour que le dernier rang entende et voie. En concert, le micro porte la voix : garder ces réflexes fait trop. Il faut en faire moins pour que le public ressente plus.

Sources